La réhabilitation des templiers

La réhabilitation des templiers, une chose bientôt faite.

 

Un livre devra bientôt être publié, un livre titré  Processus contro Templarios, qui reproduit le contenu d’un parchemin découvert dans les archives secrètes du Vatican. Ce document réhabiliterait en tout ou en partie les Templiers, notre ordre religieux militaire.

 «Il s’agit d’un livre très important, s’enthousiasme Pietro Boglioni, professeur titulaire au département d’histoire de l’Université de Montréal. En fait, on y retrouve les actes du procès intenté par le pape Clément V contre les Templiers. Or, contrairement à ce qu’ont affirmé des vulgarisateurs, dont Dan Brown, on voit que ce n’est pas le pape qui les a persécutés. Les Templiers ont commis des fautes, mais ils n’étaient pas des hérétiques.»

Édité par la société Scrinium, le Processus contro Templarios ne sera pas à la portée de toutes les bourses: seulement 799 exemplaires seront mis en vente et chacun coûtera 5900 euros (8150$).

«Avec tous les amateurs et riches collectionneurs du monde, je suis convaincu que tous les exemplaires disparaîtront très vite», estime M. Boglioni. Il aimerait bien que l’UdeM en acquière un, ce que feront sans doute plusieurs institutions d’enseignement prestigieuses. L’ouvrage sera lancé au cours d’une conférence de presse au Vatican, en présence des hauts responsables des archives secrètes de l’État pontifical.

Le livre est basé sur le Parchemin de Chinon, un document découvert en 2001 par la médiéviste Barbara Frale dans les archives secrètes du Vatican. Le document était mal classé, perdu parmi les archives d’un autre siècle.

Or, sa lecture permettrait de comprendre qu’un an après le début de l’extermination des Templiers, les survivants, dont le dernier grand maître de l’ordre, Jacques de Molay, avaient été absous par le pape Clément V. Les accusés avaient convaincu le pape que les crimes qu’on leur reprochait étaient exagérés ou faisaient partie de rites d’initiation. L’absolution papale n’a toutefois pas sauvé Jacques de Molay, qui est monté sur le bûcher en 1314.

Étudiant à l’Université de Sherbrooke, David Bergeron rédige actuellement une maîtrise en théologie portant sur les Templiers. Selon lui, il n’est pas fortuit que le Vatican rende maintenant ce document public. «L’Église a été blâmée pour certains gestes qu’elle a commis. Elle a un nom à refaire», dit-il.

Il croit que Philippe le Bel avait des raisons de souhaiter la disparition des Templiers; des raisons autant politiques qu’économiques, ou même d’image: les Templiers avaient une forte influence à l’intérieur de la France et menaçaient de devenir un État dans l’État.

Personne ne peut prétendre que les Templiers n’ont rien fait, dit M. Bergeron. Par contre, il reste des zones d’ombre dans leur histoire, ce qui la rend fascinante même après 700 ans. Selon M. Bergeron, une des premières choses que feront les experts sera de vérifier l’authenticité du nouveau document.

Un trésor révélé par la jeune Barbara Frale

Ignorés pendant des siècles, les documents du Processus Contra Templarios figuraient dans divers catalogues des Archives secrètes du Vatican mais n'ont été retrouvés qu'il y a six ans, par une jeune chercheuse, Barbara Frale. Après des mois et des années de travail, comme elle l'a raconté avec simplicité, elle a réussi à les « identifier » : « On pensait sans doute qu'il s'agissait d'une enquête, parmi tant d'autres, du Diocèse de Tours, comme c'est effectivement indiqué sur les documents. Je me suis rendu compte que les personnes qui étaient chargées des interrogatoires, trois cardinaux très proches du Pape qui se trouvait alors en Avignon, étaient trop importantes pour des enquêtes banales. » C'est grâce à ce genre d'indice que Barbara Frale a compris, peu à peu, la valeur de ce qu'elle avait en main.

A la lecture de ces documents, les rapports entre le roi de France Philippe Le Bel et le Pape apparaissent sous un nouveau jour. Plus que les Templiers, c'est Clément V qui en sort réhabilité. On le croyait faible, sous l'influence du roi, or, bien que gravement malade, il a fait preuve d'un immense courage et a usé ses dernière forces pour défendre les Templiers repentis. Il ne leur a d'ailleurs pas longtemps survécu. Pas plus que Philippe Le Bel, décédé dans l'année.

Est-ce en raison de la malédiction de Jacques de Molay, rapportée par un témoin, au pied du bûcher ? Il est certain que l'ouvrage, à la fois docte et luxueux, publié par le Vatican, laisse intacts le mystère et la magie que le mot « Templier » continue d'exercer sur le public.


Le parchemin de Chinon


Le parchemin de Chinon a été daté du 17 au 20 août
1308. Il fut préparé par Robert de Condet, un ecclésiastique du diocèse de Soissons qui occupait les fonctions de notaire apostolique. Les notaires apostoliques publics étaient Umberto Vercellani, Nicolo Nicolai de Benvenuto, Robert de Condet et maître Amise d’Orléans le Ratif. Les témoins de la procédure étaient frère Raymond, abbé du monastère bénédictin de Saint-Théofred (diocèse d’Annecy), maître Berard (ou Bernard) de Boiano, archidiacre de Troyes, Raoul de Boset, confesseur et chanoine de Paris, et Pierre de Soire, superviseur de Saint-Gaugery du Cambrésis. En outre, selon le document, trois autres copies plus détaillées furent rédigées par les autres notaires publics. Les participants signèrent tous les documents et y apposèrent leurs sceaux. Selon le parchemin, « leurs paroles et confessions furent écrites exactement telles qu’elles furent intégrées ici par les notaires listés plus bas, en présence des témoins ci-dessous. Nous avons aussi ordonné que ces choses soient formulées de cette manière officielle et validées par la protection de nos sceaux. »

Le parchemin de Chinon est mentionné dans plusieurs livres de référence sur les Templiers. Par exemple, le parchemin a été publié au XVIIe siècle par Baluze dans un ouvrage intitulé « Vitae Paparum Avenionensis » (Vies des papes à Avignon).

En 2002, Barbara Frale a trouvé une copie du parchemin dans les Archives secrètes du Vatican. Deux ans plus tard, elle a publié un article sur sa découverte dans le Journal of Medieval History, et a également consacré un livre en italien à la question.

Chinon est la ville française où Jacques de Molay et les autres Templiers ont été interrogés.

Contenu du document

Des agents du pape ont en effet mené une enquête au château de Chinon (diocèse de Tours) pour vérifier les plaintes contre les accusés. D’après ce document, le pape Clément V ordonne à Berengar, cardinal-prêtre de Saints-Nérée-et-Achilée, à Stéphane, cardinal-prêtre de Saint-Ciriaque-des-Thermes, et Landolf, cardinal-diacre de Saint-Ange de mener l’enquête sur les Templiers accusés. Les cardinaux déclarent alors « ... par cette déclaration officielle destinée à toute personne qui la lira... (que) sa Sainteté le pape souhaitant et recherchant la vérité pure, complète et sans compromission de la part des responsables dudit Ordre, à savoir frère Jacques de Molay, maître de l’Ordre des Templiers, frère Raymbaud de Caron, précepteur des commanderies des Templiers en Outremer, frère Hugo de Perraud, précepteur de France, frère Geoffroy de Gonneville, précepteur d’Aquitaine et de Poitou, et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, nous a ordonné et mandés, spécifiquement et par sa volonté exprimée par la parole, afin que nous puissions examiner en toute diligence la vérité en questionnant le maître et les précepteurs susmentionnés — l’un après l’autre et individuellement, en ayant sommé les notaires publics et des témoins dignes de foi. »

Le premier à être interrogé, le 17 août 1308, fut Raymbaud de Caron. Au terme de l’interrogatoire, les cardinaux lui accordèrent l’absolution (c'est-à-dire le pardon de fautes commises et reconnues) : « ...Après ce serment, par l’autorité de Sa Sainteté le pape qui nous a été spécifiquement accordée dans ce but, nous avons étendu à frère Raymbaud qui le demandait humblement et selon l’usage accepté par l’Église, la miséricorde de l’absolution de la condamnation à l’excommunication que les actes susmentionnés avaient causée, le réunifiant de la sorte à l’unité avec l’Église et le réintégrant dans la communion des fidèles et les sacrements de l’Église. » Le 17 août également, les enquêteurs du Pape interrogent ensuite Geoffroy de Charnay, qui fut lui aussi absous.

Puis, toujours le 17 août, vint le tour de Geoffroy de Gonneville qui reçut également l’absolution.

Le 19 août 1308, Hugo de Perraud fut le quatrième à être interrogé et fut il fut de même absous.

Enfin, le Grand Maître fut interrogé en dernier, le 20 août 1308. Les cardinaux interrogateurs lui accordèrent également l’absolution.

Selon le document, tous les interrogatoires des accusés qui se sont déroulés du 17 au 20 août 1308 ont été effectués avec la présence systématique de notaires publiques et de témoins rassemblés pour l’occasion. Parmi les chefs d’accusation figuraient la sodomie, la dénonciation de Dieu, des embrassades illicites, des crachats sur la Croix, et l’adoration d’une « idole ».

Le corps du texte décrit l’apparence des accusés, les serments qu’ils prêtèrent, les accusations qui pesaient contre eux, leurs interrogatoires, les dénonciations, les demandes d’absolution qu’ils avaient faites, et la délivrance de cette absolution par les agents du pape.

Un extrait de l’interrogatoire de Jacques de Molay se lit ainsi : « Interrogé pour savoir s’il avait confessé ces choses à cause d’une demande, d’une récompense, de la gratitude, d’une faveur, de la peur, de la haine ou de la persuasion d’une tierce personne — ou à cause de la crainte d’être torturé, il répondit par la négative. Lorsqu’on lui demanda si, après son arrestation, il avait été soumis à la question ou à la torture, il répondit par la négative. »

Un extrait de l’absolution donnée à Jacques de Molay est rédigé de la sorte : « Après cela, nous avons décidé d’accorder la miséricorde de l’absolution pour ces actes au frère Jacques de Molay, maître dudit ordre ; dans la forme et la manière décrite plus haut, il a dénoncé en notre présence l’hérésie susmentionnée et toute autre hérésie, et a juré en personne sur les Saints Évangiles du Seigneur, et a humblement demandé la miséricorde de l’absolution. Il est donc réintégré dans l’unité de l’Église et de nouveau admis à la communion des fidèles et les sacrements de l’Église. »

Importance du document

Le parchemin de Chinon permet de connaître les véritables pratiques secrètes des Templiers. Tous les accusés ont admis avoir dénoncé la Croix et craché sur le crucifix, à la demande de leurs confrères lors de leur initiation. Geoffroy de Gonneville est le seul à n’avoir pas dénoncé ni craché sur la Croix malgré la pression. Quant aux autres, ils assurent avoir « dénoncé en parole mais pas en pensée ». Tous nient également avoir pratiqué la sodomie. Ils expliquent que les Templiers s’embrassaient en signe de respect (baiser). Il était aussi ordonné à tous les nouveaux initiés de « s’abstenir de relations avec les femmes». Seul Hugo de Perraud a admis avoir vu la « tête de l’idole » qu’on accusait les Templiers d’adorer ; il l’aurait vue à Montpellier, en la possession de frère Peter Alemandin, précepteur de la commanderie de cette ville. Hugo ajoute qu’il souhaiterait que les coutumes et traditions pratiquées par l’Ordre durant l’initiation soient abolies afin de corriger de tels méfaits. Ils ont tous précisé qu’ils avaient confessé à un prêtre ou à un évêque la totalité de leurs transgressions de la foi catholique, pour lesquelles on leur avait infligé des pénitences puis accordé l’absolution.

Le document a également mis en lumière les façons de procéder à l’initiation et les pratiques de l’Ordre, entourées autrement d’un grand secret.

Il est intéressant de noter également que des liens auraient existé entre l’un des accusés, Geoffroy de Charnay, et le Saint-Suaire de Turin[réf. nécessaire].

Avant la découverte du parchemin de Chinon, les accusations prononcées à l’encontre des Templiers, du pape Clément V et de l’Église catholique étaient donc injustifiées. D’autres considèrent, à tort ou à raison, que la chute des Templiers est à mettre au moins en partie sur le compte de leur goût du secret. Le parchemin de Chinon éclaire donc cet épisode et les répercussions de la dissolution de l’Ordre, en les plaçant dans le contexte conforme aux événements historiques concomitants.

Cependant, on ne peut que souligner l’importance d’une lecture intégrale du document, au vu de la nature controversée du sujet et des acteurs concernés

Article de presse : France Soir

Vatican - Va-t-on réhabiliter les Templiers ?

Un parchemin découvert dans les archives.

Le Processus contro Templarios a été publié jeudi. C’est un livre qui reproduit le contenu d’un parchemin découvert dans les archives secrètes du Vatican. Ce document réhabiliterait tout ou partie les Templiers.

Les archives secrètes du Vatican publient les actes du procès contre les Templiers. Il s’agit du procès-verbal des interrogatoires conduits en août 1308 par trois cardinaux à l’encontre des supérieurs de l’ordre. A cette époque, Philippe Le Bel voulait condamner l’ordre du Temple pour hérésie. En effet, les Templiers avaient une forte influence à l’intérieur de la France et menaçaient de devenir un Etat dans l’Etat.

Edité par la société Scrinium, le Processus contro Templarios n’est pas à la portée de toutes les bourses : seulement 799 exemplaires ont été mis en vente ce jeudi et chacun coûte 5.900 euros. Le 800e est réservé au pape Benoît XVI.

Les derniers Templiers absous

Le livre est fondé sur le parchemin de Chinon, un document découvert en 2001 par la médiéviste Barbara Frale dans les archives secrètes du Vatican. Il était mal classé, perdu sur les rayonnages. Or sa lecture permettrait de comprendre qu’un an après le début de l’extermination des Templiers, les survivants, dont le dernier grand maître de l’ordre, Jacques de Molay, avaient été absous par le pape Clément V. Les accusés avaient convaincu le pape que les crimes qu’on leur reprochait étaient exagérés. L’absolution papale n’a toutefois pas sauvé Jacques de Molay, qui est monté sur le bûcher en 1314. Une chose est sûre : une des priorités des experts sera de vérifier l’authenticité du nouveau document.

Edition France Soir du samedi 27 octobre 2007 n°19629 page 7

Article de presse : La Libre Belgique

Le Vatican réhabilite les Templiers

christian laporte

Mis en ligne le 26/10/2007

Les Archives du Vatican ont publié les actes du procès contre les Templiers. Une réhabilitation qui ressemble surtout à une opération commerciale...

éclairage

Faites ce que je dis mais pas ce que je fais : c'est non sans une réelle surprise qu'il faut constater que le Vatican succombe, lui aussi, à la tentation de la médiatisation aux visées très commerciales.

On connaissait l'effet de l'annonce... faite à Marie pour la venue du Christ dans l'Evangile, mais de là à imaginer que la hiérarchie ecclésiale allait laisser miroiter quelque scoop pour faire la promotion d'un ouvrage très luxueux et très onéreux (5900 € pour un tirage de... 799 exemplaires à peine), il y avait une marge. Et pourtant, elle a été franchie !

Depuis quelques jours, Rome avait, en effet, annoncé la publication par les Archives secrètes du "Processus contra Templarios", soit les actes du procès intenté contre l'Ordre du Temple par le pape Clément V de 1308 à 1311.

Dan Brown avait tort...

Un document intéressant dont on ne connaissait pas grand-chose depuis sa découverte en 2001 par la médiéviste Barbara Frale.

L'ouvrage est en fait basé sur le Parchemin de Chinon. Et il ne manque pas d'intérêt puisqu'il montre que, contrairement à ce qu'avance notamment Dan Brown dans son "Da Vinci Code", ce ne fut pas le Pape de l'époque qui fut le plus sévère dans l'élimination de l'Ordre des Templiers. En fait, lors du procès qui a pu être reconstitué à partir du Parchemin, les accusés avaient pu convaincre Clément V que les crimes qui leur étaient reprochés avaient été exagérés et qu'ils faisaient partie de rites d'initiation.

On rappellera, toutefois, que cela n'épargna pas la vie du dernier Grand Maître de l'Ordre, Jacques de Molay, qui est monté sur le bûcher en 1314. Il en ressort quand même que la hargne à l'égard des Templiers vint davantage du roi Philippe le Bel que de l'Eglise.

Pourquoi ? Les Templiers, de par leur organisation militaire et religieuse sur l'ensemble du territoire, pouvaient à terme constituer une dangereuse concurrence pour le pouvoir royal. Philippe le Bel tenta d'ailleurs de récupérer l'Ordre. N'ayant pas réalisé son dessein, il lui mena une guerre sans concessions.

Cela dit, il est intéressant de constater que l'Eglise catholique a franchi le pas d'une certaine réhabilitation de l'Ordre. Elle fait en tout cas coup double : elle se situe dans la lignée des repentances de Jean-Paul II et, en même temps, elle rappelle que les écrits de Dan Brown et Cie ne sont pas à prendre au pied de la lettre ni des paroles d'Evangile...

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :